L’ásatrú aujourd’hui

Sommaire

  1. Concepts
  2. Pratique quotidienne
  3. Runes
  4. Approfondir sa connaissance

1. Concepts

Quelle est la différence entre odinisme et ásatrú?

C’est une question simple qui appelle une réponse compliqué.
En théorie, si on s’attache au simple sens des mots, il n’y a guère de différence: ásatrú signifie « foi dans les Ases » et odinisme traduit l’attachement a Odin, le chef des Ases. Là où ça se complique c’est que les deux mots ont une histoire politique: les premiers créateurs (australiens, canadiens et américains) du renouveau de la religions scandinave ancienne étaient des « odinistes » au sens propre du mot, mais aussi d’ultra-droite. C’est resté plusieurs années comme cela, puis il y a eu une réaction et le mouvement s’est séparé en deux branches. La branche originelle a gardé son nom de « odiniste » et nous, les autres, on a essayé de trouver des noms appropriés. En Islande, Sveinbjörrn, a créé le mouvement ásatrú et nous avons été nombreux à adopter ce mot.
Donc en résumé, à l’heure actuelle, on va trouver des gens qui utilisent les deux mots comme synonymes, car ils ignorent leur histoire, tandis que d’autres à l’inverse vont considérer que odiniste = ultra-droite, par opposition à ásatrú = les courants modérés.
Si vous souhaitez vous qualifiez de la manière la plus neutre possible, le mieux reste encore de vous dire nordisant ou germanisant, ou simplement dire que vous suivez l’ancienne tradition.

Qu’est-ce que le reconstructionnisme?

Le reconstructionnisme est une manière de pratiquer notre tradition, dans laquelle on considère que nous devons nous rapprocher au plus près de la vision qu’avaient nos ancêtres du monde, ce qui nécessite une étude rigoureuse et impartiale des sources qui doivent toujours guider la manière dont on pratique. En cela le reconstructionnisme se distingue d’autres manières de pratiquer (souvent dites « new-age ») où sont mélangés toute sorte d’éléments hétérogènes (par exemple les runes avec de l’hindouisme et du chamanisme indien), sans tenir aucun compte ni des sources ni de l’univers mental des peuples d’origine de ces éléments.
Il ne s’agit cependant pas de reconstitution, c’est-à-dire d’une imitation totale de la manière dont vivait les anciens Germains, ce qui n’est ni possible, ni souhaitable, mais de la mise en place d’une pratique adaptée au monde moderne, tout en étant baigné de la manière dont nos ancêtre percevaient le monde.
De fait le reconstructionnisme est plutôt ouvert et admet une grande diversité de pratiques, du moment que celles-ci s’appuient sur une argumentation crédible.

Qu’est-ce qui est bien et mal?

Notre tradition exclut l’idée de pêché, et par extension les notions de bien et de mal, qui ne nous servent donc pas de critères pour évaluer des gens ou une actions.
Nous utilisons donc d’autres notions, par exemple, au lieu de dire « il est mauvais », on dira « il est dangereux » ou « il m’a manqué de respect » ou « il n’a pas tenu parole ».
Un des critères utilisé (mais pas le seul) peut par exemple être celui de la nécessité ou de la mesure: est-il nécessaire ou non d’agir de la sorte? Neutraliser quelqu’un qui vous agresse est un acte nécessaire, malgré sa violence, en revanche une fois que l’agresseur est au sol, s’acharner sur lui et le massacrer est un acte démesuré qui n’était pas nécessaire.

Comment appelle-t-on un pratiquant de la religion ásatrú?

Le mot ásatrú est la combinaison de deux mots : ása-trú. Ása est le génitif (complément de nom) pluriel de áss (Ase en français). Trú veut dire ‘la foi’ et donc ása-trú = la foi des Ases (ce qui signifie ici, la foi ‘dans’ les Ases).

Le mot trú a une grammaire très particulière. Tout d’abord, il ne se prononce qu’au singulier et en plus il est invariant dans les très vieux textes. Cependant, en Islandais moderne, à partir du 16ème siècle, on voit apparaître un génitif en –ar qui donne trúar et qui signifie ‘de la foi’ comme dans le mot islandais ásatrúarfélagið = l’association (félafið) de l’ásatrú.

Donc ceux qui désignent un pratiquant de la religion ásatrú par le mot ásatrúar utilisent un ‘complément de nom’ mais sans nom, il n’est que complément, c’est absurde. Pourquoi ne pas dire simplement un ásatrú ? Je suis ásatrú peut alors signifier : « Je suis dans l’ásatrú ».
Si vous n’aimez pas cette façon simple, alors utilisez le mot trúmaðr (‘confiance-humain’) qui veut dire un(e) croyant(e), et dites que vous êtes un ou une ásatrúmaðr

Si, en plus, vous utilisez la version française du mot, asatru, alors le ‘asatruar’ est d’un snobisme effréné.

Si vous voulez VRAIMENT snober le monde au lieu d’être ridicule, alors utilisez le vieux mot trúari (un croyant) -> ásatrúari ou bien dénichez l’adjectif fulltrúi (un complètement fidèle, un ‘patron’) et inventez le mot ásatrúi (une personne complètement fidèle aux Ases). Et, victoire, c’est un masculin faible et il fait ásatrúar au pluriel! Bon, un ásatrúar ça reste quand même ridicule. Mais les islandais n’ont pas éprouvé le besoin de le faire, alors mieux vaut éviter.

 

2. Pratique quotidienne

Faut-il suivre les neuf vertus?

Les fameuses 9 vertus odinistes ont été créées de toutes pièces par McNallen, elles n’ont donc aucune valeur ‘historique’.
Divers groupes ont par la suite inventés leurs propres vertus en se basant sur celles de McNallen, certains allant même jusqu’à inventer des neuf devoirs complétant les neufs vertus. Tous ces « principes », « vertus », « devoirs », etc. partagent le même problème: leurs auteurs les prétendent tirées du Hávamál, mais le problème est que celui-ci est beaucoup plus subtil dans ses jugements, en comparaison de ces vertus plutôt simplistes, qui reflètent au final au moins autant, si ce n’est plus, les idéaux de leurs auteurs que celui des sources.
Donc pour répondre à la question: non il ne « faut » pas suivre les vertus de McNallen (ou d’autres), l’idée d’avoir des vertus imposées étant d’ailleurs assez contradictoire avec le caractère adogmatique de notre tradition. Rien n’empêche quelqu’un de s’en inspirer, mais n’oubliez pas que ces vertus pré-mâchées ne remplaceront jamais la sagesse que l’on acquiert en cherchant par soi-même dans les écrits.

 

3. Runes

Qu’est ce que la rune blanche?

La « rune blanche » est une invention de Ralph Blum, une personne qui a écrit un livre sur les runes sans rien savoir à leur sujet. Cette « rune » n’a jamais existé historiquement, il est même absurde d’appeler cette chose une rune, car une rune est un signe, une pierre sans rien dessus n’est donc pas une rune, juste une pierre.

Donc en résumé si vous vous retrouvez avec cette chose dans un jeu de runes que vous avez acheté (ce qu’on ne conseillerait pas par ailleurs), vous pouvez la jeter, ça ne sert à rien.
Les runes font partie des ces éléments qui sont l’objet de tous les fantasmes, redoublez de vigilance donc quand vous faites des recherches à ce sujet, les inventions ne reposant sur rien étant légions dans ce domaine.

 

4. Approfondir sa connaissance

Par quel livre commencer?

Commencez par l’Edda de Snorri traduite en Français par Dillmann, Edda, Gallimard 1991.
Lisez-la d’abord comme un roman, sans regarder les notes de Dillmann. Puis, une deuxième fois, lentement en faisant bien attention à ses notes qui contiennent un véritable enseignement de notre mythologie, complémentaire à celui de Snorri.

Quel livre pour aller plus loin?

L’autre livre de base, plus compliqué et systématique est dû à Rudolph Simek, Dictionnaire de la mythologie germano-scandinave, Ed. du Porte-Glaive, 1996. Il est sous forme d’un dictionnaire qui a environ 2000 entrées.
Le sens qu’il donne aux noms norrois est quelques fois un peu discutable, mais il représente ce que la communauté savante des années 1980 pensait … c’est loin d’être du n’importe quoi!

Quels auteurs ne recommanderiez-vous pas?

Malheureusement toutes les lectures ne sont pas recommandables, de manière encore plus malheureuse le talent en marketing de certains auteurs est souvent proportionnellement inverse à la qualité de leurs ouvrages, ce qui fait que l’on tombe facilement sur de mauvais livres.
De manière générale il vaut mieux éviter tout ce qui est écrit par Silver Ravenwolf, Ralph Blum, Ed Fitch, D.J. Conway et Edred Thorsson (Stephen Flowers).
Tous ces auteurs ont en commun de faire de la wicca et du new-age à la sauce nordique, c’est donc sans grand intérêt, à moins d’être amateur d’occultisme façon franc-maçon avec une fine couche de vernis nordique.

Est-il utile de connaître des langues particulières?

En théorie, le français est suffisant pour pratiquer, cependant quelqu’un qui veut aller au fond des choses pourrait vite se sentir limité, d’une part du fait d’être systématiquement dépendant des traductions de sources (pas toujours bonnes -quand elles existent!), et d’autre part parce que la littérature en français sur le sujet est assez limitée.
On pourra s’orienter vers différentes langues selon ce que l’on cherche:
Pour les personnes plutôt nordisantes, le norrois ouvre l’accès à la plupart des sources originales, le latin permettant de compléter à ce niveau. Pour la littérature, l’anglais élargira considérablement le nombre d’ouvrage accessible; le danois, suédois, norvégien et allemand peuvent également présenter un intérêt en appui de l’anglais.
Pour les personnes plutôt germanisantes, la majorité des ouvrages sont en allemands, à l’exception toutefois de tradition la anglo-saxonne pour laquelle on trouvera davantage son bonheur en anglais. Au niveau des sources le latin est très important, à compléter ensuite avec les langues liées à la tradition suivie: anglo-saxon (vieux anglais) pour la tradition anglo-saxonne, vieux frison pour la frisonne, gotique pour la gothique, vieux haut-allemand pour l’alémanique, etc.

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